Bienveillance : n.f. ( XIIe ; de bienveillant), 1 – (jusqu’au XVIIIe). Sentiment par lequel on veut du bien à quelqu’un. V. Altruisme. 2 – Mod. Disposition favorable envers une personne inférieure (en âge, en mérite). V. Bonté, indulgence.

Voilà ce que l’on trouve dans le petit Robert.

Curieux, alors, que tant de bonnes âmes éprises de bonté souffrent autant.

Depuis quelques années, en effet, chaque jour m’amène à rencontrer des patients épuisés par l’éducation bienveillante qu’ils proposent à leurs enfants. Ils m’évoquent la difficulté qu’ils ont à se faire comprendre, entendre, respecter, s’interrogent sur la violence que les enfants exercent à leur encontre alors même qu’ils ne l’utilisent pas eux-mêmes…, bien évidemment !

Ces parents ne comptent pourtant pas leur temps et l’énergie dépensée. On peut vraiment parler d’effort soutenu depuis de nombreux mois, voire des années ! Livres à l’en-tête portant le nom de « positif » ou de « bienveillant » ont tous fini dans leur bibliothèque. Impressionnante liste et références sur le développement personnel traitant de la relation parents-enfants. Rien n’est traité à la légère. J’ai même rencontré une femme enceinte m’expliquant l’intérêt que son conjoint portait à sa nourriture, ses sorties, ses heures de sommeil, la qualité de l’air qu’elle respirait… Aux petits soins…, pour le bébé. Même son humeur était questionnée. « C’est pour ne pas transmettre de stress au bébé. »

Je dois vous avouer que, même si je comprends que dans une société où l’on trouve normal de chercher « un coupable » à toute situation déplaisante, l’envie d’éviter les écueils est inévitable, je pense urgent de questionner ce comportement. N’allons-nous pas trop loin ? Est-ce ça la bienveillance ? Et pour qui, envers qui ? Souffrir est-il la condition sine qua non à la bienveillance ? Mais alors, sommes-nous bienveillants envers nous-même ? Connaissons-nous vraiment le sens de ce mot, je veux dire connaître du plus profond de nos cellules, intégrer si je puis dire ?

Selon moi la bienveillance passe par un respect de soi et donc de l’autre. Ce que je connais pour l’avoir vécu, reconnu intérieurement et qui me conviens, je peux en toute quiétude le proposer à l’autre. Je ne serai pas nocive dans la relation, ni intrusive ou excessive. Peu de risque d’entraver autrui. Le respect, l’honnêteté et la vérité sont indissociables. Si je mens, le ressenti éprouvé sera désagréable. Et si je mens, je ne pourrai pas exiger de l’autre une franchise totale. La relation sera donc biaisée.

Parfois on ne s’aperçoit pas que l’on ment. Curieusement on croit même normal de mentir « pour l’autre », pour lui faire du bien : « il ne comprendrait pas », pour le préserver : « je ne veux pas qu’il s’inquiète pour moi. Je pleure en cachette. », pour le protéger : « Je ne lui ai pas dit pour qu’il ne souffre pas. »…

Je vous promets que la vérité, même difficile à dire ou à entendre, vaut mieux que le mensonge. Vous n’aimeriez pas que l’on vous mente. Pourquoi ? Parce que vous estimeriez, consciemment ou inconsciemment, que cette personne ne vous a pas regardé.e avec confiance, qu’elle n’a pas vu l’aptitude en vous. Vous seriez blessé.e. À raison.

Veiller en bien pour quelqu’un c’est faire confiance à l’autre, justement. Entièrement. À lui ou à elle de décider pour lui/ pour elle.

Dire « non » à un enfant et, au besoin, établir la limite par une punition ( il sera consigné dans sa chambre, par exemple) n’est pas un manque de bienveillance mais un acte d’amour en confiance. L’enfant comprend. La règle lui est nécessaire pour vivre collectivement. Nous sommes 7,7 milliards d’individus actuellement sur Terre. Croyez-vous possible de vivre ensemble sans avoir de base, de langage commun ? Je ne le crois pas. Le cadre est de mise. Toujours et partout. Quand vous prenez votre véhicule, vous vous astreignez au code de la route, au travail il y a des horaires et une hiérarchie, chacun ayant son poste défini ; à l’école aussi ! Quand l’enfant va à la crèche ou chez une nourrisse, il sait différencier les demandes des uns et des autres et les teste pour s’assurer d’avoir compris. C’est comme s’il venait questionner l’adulte pour la règle qu’il établit. C’est tout.

Alors oui aux limites posées avec clarté et ne changeant pas d’une fois sur l’autre. Réalisez que le « non » que vous ne souhaitez pas prononcer, finira par sortir dans de mauvaises conditions. Autant choisir le meilleur moment pour tous dès le début. Sinon la situation persistera jusqu’à ce qu’elle vous pousse à bout… Vous finirez par « exploser » ou, plus fréquemment, imploser ! Puis la culpabilité prendra le pas : « Je lui ai crié dessus, vous vous rendez compte ? C’est horrible ! Je ne suis pas un bon parent ! »

Si justement. Vous êtes humain.e et venez d’exprimer à votre enfant votre vérité du moment. Vous êtes exaspéré.e. Rien de grave. Et, peut-être pour la 1ère fois, vous venez de vous comporter normalement. Les sentiments ne sont pas mauvais. Ils sont. C’est votre jugement dessus qui les rend mauvais. Être en colère et faire comme si de rien n’était est mensonger. Exprimer son sentiment est humain et permet – entendre autorise– l’enfant à exprimer lui aussi ses sentiments. La meilleure réponse aux sentiments est l’amour. Vous pouvez revoir la vidéo sur l’accueil des émotions ici.

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Réalisez que le sentiment passe. Quoiqu’il arrive, cette colère va finir, le chagrin se taira, la culpabilité s’effacera. Le jugement seul les fera rester à la surface ou les refoulera avec symptômes à la clef. Si le sentiment passe, qui vous êtes avant son arrivée est de nouveau entièrement là à la fin. Rien de changer. Vous êtes le/la même ! Vous pouvez donc regarder ce moment comme informationnel. Vous savez que vous êtes allé trop loin dans l’acceptation de l’inacceptable ! A vous de revoir la copie et de mettre des limites avant. S’aimer n’est pas aimer la colère – ou autre sentiment. C’est reconnaître qui vous êtes. Comme nous sommes tous cet Amour, cela permettra aussi à votre enfant de reconnaître cet amour qu’il est aussi. Vous aurez tous grandi en conscience. Vous aurez tous appris. C’est le cadeau de la Vie.

Alors prêt.e pour vivre avec bienveillance ?

Ne vous oubliez plus ????

Au plaisir de lire vos retours,

Toujours ensemble,

4 Commentaires

  1. Mais lorsque la bienveillance et le respect de soi ne sont pas au rendez-vous, on devient alors une handicapée de la communication, de la relation à soi, à l’autre…

    • … et ça ne change toujours pas qui l’on est vraiment ! 😉 On fera simplement l’expérience de cet oubli, rien de plus…, rien de grave puisque c’est irréel. Il y a ce qui est… rien d’autre.

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